Jamais je ne permettrais à quiconque de souiller sa mémoire. Il a été tellement parfait avec moi que sa disparition m'a été presque fatale. Chaque photo, chaque texte, chaque pensée m'était insupportable. J'ai versé un nombre infini de larmes douloureuses, mais j'ai fini par accepter cette dure réalité. J'ai réussi à comprendre, à me faire à cette nouvelle idée qui n'était pas la bienvenue dans mon esprit.
La douleur a pourtant fini par s'estomper, doucement, imperceptiblement, pour finalement laissé place à une lourde nostalgie, mais qui arrivait à me faire sourire en pensant à lui. Jusqu'à ce soir là. J'étais en compagnie de bons amis. On discutait, on riait. A côté de nous, plusieurs filles. Trois ou quatre, peut-être même plus, je ne sais plus très bien. Tout ce dont je me souviens, c'est elle. Blonde, surchargée de maquillage, habillée très chic. Le simple fait de la voir emplissait mon c½ur de haine. Je ne le connaissais pas, mais son attitude, son sourire figé, son rire forcé m'inspirait un profond dégoût.
Je me souviens qu'elle parlait, beaucoup, et qu'elle riait aussi à s'en décrocher la mâchoire, accompagnée de ses amies. Dans sa main, plusieurs photos de garçons. Je ne regardais que très distraite, ne pensant qu'à la répugnance que cette créature me faisait subir. Et puis j'ai vu cette photo. Elle lui ressemblait, mais j'ai d'abord voulu croire à une erreur. Mais rapidement, je me suis rendue compte que mes yeux ne me trompaient pas, que je connaissais bien cette photo, et que j'avais énormément pleuré en la regardant.
La rage a vite submergé mon esprit déjà troublé par cette fille. Mais ce qui a déclanché la perte de mon contrôle, c'est cette simple phrase qu'elle a prononcé.
« Je me le ferais bien, rien que pour sa p'tite gueule d'ange. »
Je n'ai pas eu le temps de réfléchir, de me calmer, de respirer ni de regarder ce que je faisais. J'ai sauté de mon siège et je me suis approché rapidement d'elle. Je lui ai arraché la photo des mains, et je l'ai jeté. Je n'avais qu'une envie. Lui faire du mal. La voir et la faire souffrir comme elle venait de le faire pour moi, et pour lui, pour sa mémoire si belle. Pour tout ce qu'il avait fait. Pour tout ce qu'il avait subi. Pour le défendre contre le monde entier. Mais un de mes amis a intervenu un peu trop vite à mon goût, et m'a obligé à reculer. J'ai hurlé à m'en déchirer les cordes vocales, je crachais des choses dont je ne me rendais pas compte. J'ai même cru que je devenais folle. J'ai frappé, partout. Mes amis, elles, je ne sais plus. Je me suis peut-être frapper moi-même, tellement la rage brouillait ma vue et étouffait mon cerveau. Une phrase, une seule phrase résonne encore à mes oreilles. Une phrase que j'ai hurlé avant de partir me réfugier quelque part.
« Tu n'es qu'une prostituée, et si tu veux te faire sauter, va voir les vivants et laisse les morts en paix. »
J'ai couru. Vite. Ils ont essayé de me suivre. Ils ont fini par ma rattraper. Les larmes qui inondaient mon visage m'empêchaient de voir ce qui se trouvait autour de moi. J'ai pleuré, beaucoup, beaucoup, et j'ai finis par me calmer. Non pas parce que je m'étais remise, mais parce que j'étais épuisée. Epuisée de devoir continuer sans lui et avec toute cette douleur. Epuisée de me vider de ces lames qui dévorent les yeux et les crèvent à petit feu. Simplement épuisée de son absence.